microFictions

Elle leva son voile pour fixer l'homme à laquelle elle venait de s'unir. La phrase : “Soit proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis.” qui lui résonnait dans la tête n'avait jamais été aussi vraie.

— Vous savez, dès que je passe devant votre librairie, je ne peux pas m'empêcher d'entrer ! — Oui, ça arrive souvent, s'amuse la libraire. — Et puis, je me sens toujours forcé de repartir avec un nouveau livre. Elle lui lance un regard plein de malice. — Bon, allez, je vous prends celui-là, termine-t-il. Il repart et fait tinter la cloche au-dessus de la porte. Derrière la caisse, la libraire fait perler une goutte de sang sur son doigt, puis retrace la rune en train de s'estomper.

Elle rentra du travail, les cheveux trempés par une averse arrosant la douceur du silence. La journée a été difficile, et la pluie torrentielle n'aida pas à éclaircir son humeur. Comme d'habitude, elle se prépara un thé et s'installa dans son fauteuil près de la cheminée. Un livre entre les mains, elle s'évada dans l'imaginaire pour oublier la fatalité d'un lendemain identique, avant de croiser le regard de son chat qui lui rappela qu'elle finirait toujours par rentrer chez elle.

L'apprenti est en cavale depuis qu'il s'est enfui avec le Livre du Destin. L'imposant volume est connu pour contenir tout ce qu'il se passera, minute après minute, page après page. Depuis sa cachette, il l'ouvre pour la dernière fois. Celui-ci n'indique plus rien depuis qu'il a été arraché de sa bibliothèque. Autour de lui, le temps semble s'être arrêté pour toujours, laissant planer un monde finalement libre de toutes décisions, mais sans futur à venir.

Il y a une maison silencieuse dans les bois. Un jour, deux enfants passèrent un bon moment dans la forêt. Ils faisaient beaucoup de bruit en jouant. Des rires aux cris, on ne pouvait rien entendre d'autre qu'eux deux. Et puis ils aperçurent la maison. La curiosité était si forte que le premier se précipita à l'intérieur, hurlant d'excitation. Ses cris s'arrêtèrent soudainement, laissant l'autre enfant dans une complète accalmie. Il y a une maison silencieuse dans les bois.

Sur son vélo de course, Mickael continuait infatigablement de pédaler. Pendant des heures, des jours et même des années maintenant. Son rythme était soutenu, les paysages se succédaient, mais sa détermination ne faiblissait pas. Et pourtant, le monde restait inlassablement vide.

Devant le miroir du sorcier, il s'interroge. — Je ne comprends pas. C'est bien moi que je vois, mais mon visage arbore un air bien plus jovial qu'à mon habitude. — C'est normal, il s'agit d'un miroir qui montre sa nature véritable à la personne qui s'y contemple. — Incroyable. Et vous, que voyez-vous ? — Rien du tout, et cela m'effraie.

« C'est long quand même. — Et je peux te dire qu'on a pas fini de creuser. — Ça fait combien de générations qu'on descend déjà ? — Oulà, une bonne dizaine, je dirais. Joras se souvient même plus du nom du premier de sa lignée. — Et on creuse pour quoi déjà ? — Je crois que plus personne ne s'en souvient p'tit gars. »

« C'est un beau navire que vous avez là. Vous le vendez ? — Absolument, je vous le fais à 750. Ça vous dit ? — Disons plutôt 200 dollars européens et je signe. — Mais vous êtes fou ?! C'est un authentique bateau de croisière du 21ᵉ siècle, probablement le dernier en état de marche ! — Oui d'accord, c'est très impressionnant tout ça, mais je vois pas bien ce que je vais en faire maintenant que tous les océans sont vides. »

Un nomade s'approche d'un étrange village au beau milieu du désert. Chaque habitant se déplace dans ses rues, un objet dans les bras. Alors qu'il met un pied dans la rue principale, un homme lui tend une jarre. « Pouvez-vous me tenir ça s'il vous plaît ? — Bien sûr, répond poliment le nomade en attrapant l'objet. » Aussitôt libéré, l'homme partit en courant dans le désert en riant. Depuis ce jour, l'ancien nomade parcourt les rues de cet étrange village, une jarre à la main.


(variante)

Il existe un village lointain dans le désert marocain. Dans les rues déambulent ses habitants, tous chargés d'un objet différent. Ils implorent aux gens de passage de les décharger, de prendre à leur tour ce fardeau grossier. Mais gare à vous si vous acceptez, ou vous risquerez de faire partie à jamais de cette communauté, De ces habitants du village lointain dans le désert marocain.